J’ai évoqué par-ci par là dans des épisodes précédents mes problèmes ophtalmologiques dus principalement à une déformation des cornées, savamment dit : un kératocône.

Ce problème a été découvert vers l’âge de 26 ans, lors de mon service national effectué-à la Base Aérienne 106 de Mérignac, dans la banlieue bordelaise- ceci en qualité de sursitaire, tant mes études me courraient après !

A ma grande déception et malgré de valses hésitations de la part des ophtalmologues militaires, je ne fus pas réformé : ces messieurs me déclarèrent plus prosaïquement « apte à conduire mais inapte à conduire les véhicules de l’armée» ! Ainsi donc, je ne pouvais prendre notamment le volant des 4 L bleu clair de l’armée de l’air, mais étais toutefois autorisé à entrer sur la base avec ma 4 L personnelle du même bleu !!!

Très rapidement, le port de lentilles cornéennes me permit de retrouver une vue quasi normale, grâce à une correction acceptable .C’est à Strasbourg, en 1976 que je testais la première paire : je me souviens encore du bonheur que j’ai eu-sur le trottoir, de mémoire avenue des Vosges-en redécouvrant les pores de mes mains ainsi que les quelques poils qui ornaient ces dernières !!!

Cet handicap-non perceptible pour les non-initiés**- me valut de temps en temps d’être la risée de certains, comme ce collègue de travail qui, quasi chaque matin se moquait de moi en me voyant les yeux très près de mon écran d’ordinateur : « salut, l’aveugle ! » lançait-il au passage…Jusqu’au jour où, excédé, je lui demandais s’il se moquait d’un handicapé s’aidant d’une canne ! Ceci eut l’heur de mettre définitivement fin à ses railleries.

Mais à l’approche de la soixantaine, les ennuis ont commencé à être plus fréquents, m’obligeant et m’obligent encore- à consulter très (trop !) fréquemment l’ophtalmologue.

Mais pour quel œil croyez-vous que ce soit ? Quitte à vous étonner, celui qui se fait ainsi trop souvent tirer l’oreille est l’œil gauche !!!

Je peine, je peine de plus en plus que ce soit pour voir de loin, y voir la nuit, lire, taper à l’ordinateur ou le consulter, jouer au tennis mais je résiste et m’adapte, me dotant de casquette et de lunettes de soleil très souvent et tentant de limiter l’usage de l’ordinateur, comme me le rappelle très régulièrement et fort justement ma douce et tendre : mais vive la vie, je compte la mordre à pleines dents, même si elle m’a à l’œil !

 

*11ème nouvelle de « L’accident » ou « Eloge d’un gaucher »

 

**(je n’oserai dire « invisible à l’œil nu » !)