Son légionnaire
Elle aimait la légion
Allait jusqu’à Calvi
C’est dans la région
Qu’un soir elle le vit.
« Il était mince
Il était beau
Il sentait bon
Le sable chaud… »
Elle aimait la légion
Allait jusqu’à Albi
C’est dans la région
Qu’elle trouva alibi.
Il sentait plus l’silice
Se montrait salace
Fallait qu’il la salisse
Fallut qu’elle se lasse
Et le laissa sur le sable.
Scène de star
Depuis l’Aube
Il avait suivi la Seine
Jusqu’au coucher
Pas vraiment obscène.
Elle jouerait la star
Délaissant ses atours
Il jouirait plus tard
C’était pas son tour.
Tout près du Havre
Elle allait se jeter
Libérée des entraves
Il pouvait pas objecter.
Un coup de pataugas
Dans le brouillard épais
Il remit les gaz :
« Salut havre de paix. »
Cœurs de seniors
Le ciel était bas
Du côté de Niort
Partiels les ébats
Du côté des seniors.
Ils avaient rencard
Du côté de Thouars
Iraient ils en car
Raconter histoires ?
Des histoires de cœur
Parfois monologues
Qu’écouterait moqueur
Un bon cardiologue.
Des histoires d’un soir
Caressées à deux
Alors aller à Thouars
Leur parut hasardeux.
Le parolier
Parole parole
Il était auteur
Beau rôle beau rôle
D’affabulateur.
Musique musique
Il agrémentait
Des notes faméliques
Qu’il savait pimenter.
Mais il osait pas trop
Pas trop parler d’amour
Relent du patro
Du patro de Nemours.
Il était si réservé
Qu’il cherchait un prétexte
Pour se préserver
Une chanson latex.
D’essai en essai
Un essai au PSG
Y détester les pompes
Puis aux PFG
Un jour s’interrompre.
Y faire son trou
En oubliant la balle
A Nogent le Rotrou
Décrocher la timbale.
Sûr c’est capital
D y trouver intérêt
Même s’il est vital
De pas s’y enterrer.
Se montrer liant
En tenant l’accueil
Pour satisfaire le client
Tester son cercueil :
Exit le PSG
A prendre ou à laisser
Aux PFG
Finir ingénieur d’essai.
Le tourbillon d’la vie
Entr’ Villers-Cotterêts
Et les rives du Jourdain
Elle avait un secret
Un secret jardin.
Des amours calcinées
La fille com’ il faut
Aimait le ciné
Et puis aussi Truffaut.
Oui elle tergiversait
Native de Valence
Ascendant verseau
Hâtivement balance.
Ainsi on l’imagine
Cajolée dans sa geôle
Le matin c’était gym
Et le soir avec Jules.
Le divan d’Eva
Il était moins deux
Elle pouvait sonner
Il faisait moins deux
Elle en frissonnait.
Tout premier rencard
Celui d’Yvan et d’Eva
A midi et un écart
Du moins il en rêva.
Il ouvrit la porte
Faux air de Bonaparte
Il paraissait accorte
Elle découvrit l’appart.
Un peu effarouchée
Sous le porche d’Yvan
Elle termina couchée
Sur le proche divan.
Là elle s’abandonna…
A sa première séance
De psychanalyse.
Le docker et sa mouquère
Elle était sa mouquère
Pas tout à fait maquée
Il était dur du Caire
Mais elle s’en moquait.
Il voyait le vicaire
S’était mis au poker
Elle chopait d’l’urticaire
Les jours de soccer.
Elle aimait Joe Cocker
Il préférait son roquet
A jouer avec son cocker
Il la faisait craquer.
Il se fit docker
Elle en fut estomaquée
Il lui fit Drucker
Pour enfin se maquer.
L’escargot sans toit
Plus de toit
L’air d’une limace
Sans abri
L’escargot grimace.
Un kiosque
La nuit s’y abriter
Une feuille de chou
Y vante les célébrités.
A l’intérieur
Y trouver joli minois
Au mauvais caractère
Une coquille…de noix.
A l’église
L’amener et l’épouser
Se la mettre à dos
Et s’en retourner épuisé.
Sur un bateau
S’enfuir tout de go
Sur une coque de noix
Ou peut-être un cargo
Laisse ! cargo…
L’opticien
Il vendait lunettes
Elle cultivait lentilles
C’était une brunette
Il venait des Antilles.
Ils s’étaient installés
Y a pas une décade
Tout près des allées
A l’œil sous les arcades.
Lui était unijambiste
Elle n’avait qu’un œil
Unis par un cambiste
Et puis bon pied bon œil.
Bête comme ses pieds
Elle était jalouse
Mieux elle l’épiait
Quand il rentrait de Toulouse.
Il ne valait guère mieux
Il l’avait à l’oeil
Quand elle rentrait de Lisieux
Fallait voir l’accueil !
Mais jamais en leur boutique
« Sombrero et lentilles »
Rue Esaü c’est pratique
Ils ne vendaient broutilles.
Chacun dans sa branche
Mais rarement à l’œil
Servait sauf le dimanche
Les légumes de Bonneuil.

