Le parfumeur et les 35 heures
Aux alentours de Grasse
Un nez faisait merveille
Ses parfums de belle race
Hantaient les cartes vermeilles
Ces dames emplies de tunes
Qui attiraient les rôdeurs :
Il aurait pu faire fortune
Las l’argent manque d’odeur.
C’est pourquoi jour et nuit
Il travailla les arômes
Jusqu’à ce jour inouï
Où s’écroula notre homme.
Obligé de respecter
La loi sur les 35 heures :
Il pourrait plus becter
Le marchand de senteurs.
Un vers à pied
Pouet pouet !
Un vers qui traverse
Pirouette cacahuète
Et il pleut à verse.
Un vers qui passe
A l’orange
Cà nous dépasse
Et puis çà dérange.
Où va donc ce vers
Si pressé
Par la pluie d’hiver
Caressé ?
Pouet pouet
Rejoindre le sonnet
Du poète
Qui l’a klaxonné.
Le proctologue
Son diplôme en poche
Il avait posé plaque
Prévenu ses proches
Il ouvrirait à Pâques.
Magazines et catalogues
Dans la salle d’attente
Le nouveau proctologue
La souhaitait épatante.
Pour accueillir les culs
Passablement endoloris
P’t’être d’avoir trop vécu
La gueule des coloris…
Pour sûr dira l’épilogue :
A Nogent le Rotrou
Le nouveau proctologue
Ferait à tous coups son trou.
L’autre histoire de l’oncle Tom
On a souvent narré
L’histoire de l’oncle Tom
Aujourd’hui coup d’arrêt :
Sortie du second tome.
Tout envoyer paître
Avoir droit au chapitre
Il s’en sortirait peut-être
En se sortant les tripes.
C’est dans l’immobilier
Qu’il se déchaîna
Beaucoup pour oublier
Un peu pour le mécénat.
Vaille que vaille
Il s’essaya à la loc
Mais à la fin du bail
Il termina en loque.
Peut-être parce qu’au
Terme
Il avait toujours
Une case de vide.
L’apprenti notaire
Sûr il avait fait
Une succession d’études
Tout quasi parfait
Sauf une inquiétude.
Car si question éthique
Il était d’attaque
En mathématiques
Il manquait de tact.
Ses études terminées
Il occupa la sienne
Bien déterminé
Derrière ses persiennes.
En maths c’était plié
Achevé les illusions
Il dut se contenter
De multiplier indivisions.
Celui d’hypokhâgne
On l’appelait Barnabé
Il avait tant de lettres
Qu’il en épuisait l’alphabet :
Pourtant une sacrée palette…
Il rencontra à Revel
Une fleur de cocagne
Cynique mais si belle
Pour son pays d’hypokhâgne.
Il déploya force mots
L’alphabet en frémit
Il rêvait gosse et marmot
Prénommés Babeth et Rémi.
Le réveil fut douloureux
Elle le trouvait minable
Lui toujours amoureux
Et un peu trop fleur bleue.
Sans doute l’effet pastel…
D’égouts et des couleurs
Perdre le goût
Goût de vivre
Et goût d’aimer
Via les égouts…
Seine de vie
Château de Vincennes
Chienne de vie
Couleurs pas saines.
Gris catacombes
Et goût d’obscène.
Abolir la pénombre
Et colorer la scène…
Fuir les émanations
Et dilater ses pupilles
De retour à Nation
Eveiller ses papilles.
Au gré des Vosges
Au pays des Vosges
Roman eau de rose
Elle récurait auges
Et effets de cirrhose.
Il était dans le schiste
Lui jetez pas la pierre
Just’un peu masochiste
Il savait faire carrière.
Elle tenait buvette
Esprit pousse-rapière
En taillant bavette
Lui plutôt la pierre.
Las de ses simagrées
Il rêvait de sa Corse :
Alors travailler le grès
C’était plutôt de force.
Le dernier barbier
Il ouvrait salon
A la barbe à la barbe
Il ouvrait selon
A la barbe de l’aurore.
Il attendait clients
Rasoir rasoir
Sur son fauteuil pliant
Désespoir désespoir.
Il les avait espérés
Si velus si velus
En avait transpiré
Le soir venu le soir venu.
La nuit était tombée
Hirsute hirsute
Sa journée plombée
Et zut et puis zut…
Il avait tout perdu
Jusqu’à la lotion du temps.
La Madelon de la laine
Il l’avait aperçue
Dans l’arrière cuisine
Elle l’avait pas su
Son arrière cousine.
Elle faisait la popote
On aimait à l’usine
Confitures et compotes
De la belle Mélusine.
Son office terminé
Par une porte dérobée
Elle s’était acheminée
A la porte de Roubaix.
Il abandonna sa laine
Et puis contre nature
Courut à perdre haleine
La prendre en filature.

